Leçons d’ailleurs : retour sur les séjours miniers

2 mars 2020
SystExt
Exposition présentée lors des 10 Ans de l'association le 23/11/2019 (SystExt - 2019 - CC BY NC SA 3.0 FR)

De 2015 à 2019, SystExt a organisé 5 séjours miniers qui permettent à ses membres, et à des partenaires invités, de comprendre les réalités minières de pays étrangers. Ces projets ont trois objectifs :
Visiter des sites miniers (en activité, fermés ou réhabilités) : il s’agit d’étudier sur site les questions techniques indispensables à la compréhension des enjeux soulevés par l’industrie minière et des impacts sociaux, environnementaux, économiques et politiques qu’elle engendre.
Rencontrer des associations, des ONG (inter)nationales et des collectifs locaux, afin de créer des espaces d’échanges autour des luttes respectives et des sujets d’intérêt communs concernant les impacts et les enjeux des industries minières.
Renforcer les connaissances de la société civile sur les systèmes miniers et leurs environnements par l’acquisition de témoignages, de photographies, de données, etc. que SystExt publie dans des articles relatifs aux régions minières visitées, étayés de recherches bibliographiques.

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Séjour minier ESPAGNE 2015
De l’or convoité de Tapia de Casariego au charbon oublié de Pozo Sotón

• Dates : du 11 au 15 juillet 2015
• Sites visités : Vallée charbonnière de Laciana, ancienne mine de mercure d’El Terronal, secteur aurifère de Tapia de Casariego, complexes industriels et charbonniers d’El Entrego (dont la mine de Pozo Sotón)
• Partenaires rencontrés : association Oro No, collectif Contraminacción et association Filón Verde

Témoignage d'Emmanuele, ancien adhérent :
Je connaissais peu le monde de l'extraction minière avant de rejoindre SystExt. Le séjour en Asturies a malheureusement été le dernier rendez-vous d'un parcours trop court dans le monde de la géologie et de l'approvisionnement en ressources minérales, parcouru avec les belles personnes qui fêtent leurs 10 ans d'activité. Voyager dans une région avec tant d'histoire, c'est l'incroyable opportunité d'apprécier les volets humains, environnementaux, sociaux, économiques de la mine. Ce sont des situations impressionnantes et des rencontres qui réchauffent le coeur. C'est le meilleur des cadeaux.

Séjour minier ROUMANIE 2016
De la « vallée des larmes » de Jiu au village englouti de Geamăna

• Dates : du 13 au 17 juillet 2016
• Sites visités : Vallée charbonnière de Jiu, mine de cuivre de Rosia Poeini et digue de résidus de Geamăna, secteur aurifère de Rosia Montana, ancienne mine de sel de Turda
• Partenaires rencontrés : Chercheurs de l'Université de Petroşani, Mining Watch Romania, association Alburnus Maior (Rosia Montana)

Témoignage de Gwen, ancienne adhérente :
C’est en particulier la visite de Geamăna qui m’a le plus marqué durant notre séjour. J’étais déboussolée et déconcertée de voir que de telles pratiques en termes de gestion des résidus miniers pouvaient encore exister, en particulier dans un pays membre de l’Union Européenne. J’étais à l’époque en train de me réorienter vers une formation en restauration minière, ce séjour m’a confirmé qu’il y avait d’énormes progrès à faire et beaucoup de mauvaises pratiques à dénoncer et corriger.


Séjour minier ROYAUME-UNI 2017
Du charbon gallois à l’étain des Cornouailles

• Dates : du 14 au 18 juillet 2017
• Sites visités : London Stock Exchange et siège de multinationales à Londres, bassin charbonnier de Merthyr Tydfil dont ancienne mine d'Aberfan, anciennes mines d'étain de Perranporth, Geevor et Levant
• Partenaires rencontrés : London Mining Network, The Gaia Foundation, War on Want, collectif United Valley Action Group, association National Trust (Aberfan)

Témoignage de Julie, sympathisante :

Ces voyages sont des réelles expériences vivantes qui permettent de se rendre compte de l’impact de l’exploitation minière autour de nous et du fait qu’il ne faut pas aller loin pour en voir les conséquences. Une des visites qui m’a marqué a été celle des anciennes mines d’étain sur les côtes rocheuses des Cornouailles. Lors de notre visite, les géologues de SystExt nous ont tout de suite stoppé : « Là c’est vraiment dangereux, ce sont des résidus très riches en arsenic, n’y mettez pas les mains ». Rassurant comme alerte, sachant qu’aujourd’hui ces chemins côtiers sont libre d'accès.
La pollution de ces mines est toujours visible aujourd’hui, et, plus de 30 ans après la fermeture, le paysage est façonné par cette exploitation. La pollution est toujours dangereuse pour l’homme, la faune et la flore, et elle n’est pour autant pas signalée, ni traitée.

Séjour minier GRECE 2018
Du méga-projet de mine d’or des Skouries aux carrières de perlite de l’île de Milos 

• Dates : du 05 au 13 mai 2018
• Sites visités : Complexe aurifère et polymétallique de Cassandra (mine de Skouries), bassin charbonnier du West Macedonian Lignite Center, province à plomb-argent du Laurion, carrières de l'île de Milos 
• Partenaires rencontrés : association SOS Halkidiki, riverains et élus des villages de Valtonera, d’Akrini et d'Amynteo (province de Ptolémaïda)

Témoignage d'Hélène, partenaire invitée :
Il y a quelques jours, je décrivais à une amie l'itinéraire que nous avions suivi en Grèce, en mai 2018. Arrivée à Thessalonique, direction la Chalcidique - où se trouve un projet de mine d'or à ciel ouvert - ainsi que des exploitations plus anciennes, puis le bassin houiller de Kozani, Ptolémaïda, le coeur énergétique du pays qui fournit la Grèce en électricité, des terrains grattés à perte de vue, Athènes, les mines du Laurion "plongée dans la Grèce historique" et ses vestiges archéologiques parce qu'on ne peut pas y couper dans ce pays, puis l'île volcanique de Milos aller-retour... Elle-même revenait tout juste d'un séjour en Grèce, donc elle avait bien la carte de la Grèce dans la tête. Elle me dit : "Ah... mais vous y étiez resté.e.s trois semaines".
Nooonnn ! A peine sept jours ! Alors là elle me demande si les ingénieurs de SystExt connaissent l'équation permettant de créer une faille spatio-temporelle pour permettre de faire TOUT cela en seulement une petite semaine. Je lui dis encore NON. C'est moi qui ai appris à ne pas dormir...

Témoignage de Valéry, partenaire invité :
Ce séjour n’était pas seulement stimulant pour les sens, mais aussi pour la tête. Tout cela grâce notamment à une organisation sans faille. C’était impressionnant ! Les visites de sites miniers, les plages ravagées par la pollution, les témoignages de Giorgios, des habitants de lerissos, les explications géologiques par des passionnés m’ont marqué plus que n’importe quel bouquin sur l’extractivisme, aussi intéressant et bien écrit soit-il.
Intense à tous les niveaux donc, chose finalement nécessaire pour prendre confiance en notre capacité à transformer le monde, car, comme dit Frederic Lordon, on ne change pas la société uniquement avec des idées, mais au moins avec des idées entremêlées d’affects puissants. De mon point de vue, c’est ce que SystExt a réussi à faire lors de ce séjour…

Séjour minier MAROC 2019
Des phosphates de Benguérir à l’argent d’Imider

• Dates : du 18 au 24 avril 2019
• Sites visités : Province de phosphates de Benguérir, mines artisanales d’améthystes de Sidi Rahal, complexe polymétallique de Guemassa, mine d’argent-mercure d’Imider, mine abandonnées de Kettara (pyrite) et de Sidi Bou Othmane (graphite)
• Partenaires rencontrés : Mouvement sur la voie de 96  (Imider), chercheurs de l’Université Cadi Ayyad

Témoignage de Célia, partenaire invitée :
Le voyage, et tous ceux que nous serons peut-être amenés à faire, c’est là qu’il s’est joué. Dans la transmission d’une expérience humaine condensée (sur la monstruosité bien spécifique et structurante de l’industrie minière) et d’une expertise (pour essayer de déshabiller le monstre).
Tout ce qu’on a vu au Maroc a été rendu visible par ces récits-là, et par ces étranges séances de spiritisme physico-chimique dans une chambre d’hôtel de Marrakech, ponctuées de slaloms entre les mugs et les bouteilles de bière pour décortiquer, par exemple, le « process » du cobalt des batteries des appareils électroniques. La filière du « cobalt propre » au Maroc – ni produit par des adolescents, ni contrôlé par des milices armées – je ne suis pas prête de l’oublier.

Témoignage de Marine, partenaire invitée :
Une expérience m'a particulièrement marquée : la visite de la mine de phosphate de Benguérir. Impossible de se rendre compte du gigantisme de ce type d'exploitation si on a pas vu de ces yeux ces machines qui creusent, raclent et transportent chaque jours des tonnes de minerai. Moi qui était venue pour travailler sur les droits de la nature, j'ai pu observer ces engins vider et littéralement défigurer la terre. En tant que juriste, engagée pour la défense des droits de la nature, je considère que ce pillage des écosystèmes est une violation du droit à l'intégrité et de la dignité de notre planète.