Présentation | Réalités écologiques et climatiques de la mine industrielle d’or

5 juillet 2020
SystExt
Le 1er juillet 2020, s'est tenu un webinaire sur le thème : "Guyane : un or qui mine le climat ?", organisé par la Fondation Heinrich Böll. Cette visio-conférence a permis de revenir sur les impacts climatiques et écologiques de l’industrie minière et de présenter les propositions concrètes défendues en Guyane, Métropole et au niveau européen pour lutter contre les projets de méga-mines d’or sur le territoire amazonien. Dans ce cadre, SystExt a proposé une analyse des réalités climatiques et écologiques associées aux mines industrielles aurifères.
Mine d'or de Bellavista, Mina Miramar, Costa Rica (Earthworks - 2009 - cc by-nc-sa 2.0 ; Crédit : CEUS del Golfo)

La conférence a également vu l'intervention de :
- Jens Althoff, directeur de la fondation Heinrich Böll de Paris,
- Marine Calmet, juriste, porte-parole du collectif Or de question,
- Michel Dubouillé, secrétaire général de Guyane Écologie et porte-parole du collectif Or de question,
- Marie Fleury, éthnobotaniste, présidente du Conseil scientifique du Parc amazonien de Guyane.

► Voir la vidéo de la conférence au lien suivant.

► La présentation de SystExt est téléchargeable en bas de cette page. Toutes les sources des données sont fournies en annexe de ce support (pp. 15-18).

► SystExt reprend ci-dessous l'intégralité de son intervention.
 

1. Mine industrielle d’or

1.1. Mine industrielle : quelle définition ?

En France, il n’existe pas de définition "standardisée" de la "mine industrielle", ni dans la législation ou la réglementation, ni dans les textes méthodologiques de référence. A défaut, SystExt propose de la définir comme une mine d’une importance suffisante, à partir d’un niveau élevé de mécanisation ou d’automatisation, de moyens ou d’outils de production utilisés, de tonnage produit ou encore, d’emprise en surface. Cette dernière définition a d’ailleurs été reprise dans la proposition validée de la Convention Citoyenne pour le Climat (voir pp. 62-63 du rapport des propositions sur la thématique "Produire et travailler" au lien suivant).

A défaut d’une définition "officielle", SystExt propose de se référer aux tonnages (quantité totale extraite et pas seulement celle de minerai) et/ou à la teneur en la (les) substance(s) d’intérêt, caractérisant non pas l’exploitation en tant que tel, mais plutôt le gisement exploité. Il existe, par exemple, une classification des différents niveaux de gisements à l’international : le niveau 1 ("Tier 1 deposit" en anglais) regroupe les gisements de classe mondiale, caractérisés par une longue durée de vie d’exploitation, des faibles coûts de production et une valeur estimée à 2 milliards de dollars américains.

A l’international, il est davantage fait mention de "mine à grande échelle" ("Large-Scale Mining (LSM)" en anglais), définie de façon non spécifique (sans valeur chiffrée ou seuil) par l’OCDE, la Banque mondiale ou le World Gold Council. Ce dernier explique sur son site internet que :

LSM typically requires significant upfront investment conducted over many years, in order to bring to account what are often geologically or metallurgically complex gold resources. LSM firms will also often be required to deploy financial and technical expertise and resources without which it would not be possible to develop a deposit for the benefit of the host country and its people.

Ces organismes se rapportent à des concepts généraux, tels que : l’intervention de sociétés multinationales, la présence sur les marchés mondiaux, des techniques modernes, la capacité à exploiter des gisements complexes, etc. La mine à grande échelle est également définie par opposition aux mines artisanales et à petite échelle ("Artisanal and Small-Scale Mining (ASM)" en anglais), généralement à faible intensité de capital et à forte intensité de main d’œuvre. Parmi les acteurs de référence, la définition de mine à grande-échelle reste donc assez floue et marquée par l’absence de seuils chiffrés.

1.2. Principales caractéristiques de la mine industrielle d’or

La filière aurifère se distingue nettement par des teneurs extrêmement faibles des gisements concernés. La teneur moyenne des 580 gisements d’or en 2013 s’élevait à 1.01 g/t, avec une teneur de 1.18 g/t pour toutes les mines en exploitation (au nombre de 199), et de 0.89 g/t pour toutes les gisements alors inexploités (au nombre de 381). On note que les 50 premières mines en production en 2013 présentaient une teneur moyenne de 5.3 g/t.

De façon générale, la mine industrielle d’or est caractérisée par :

  • Des exploitations de très grande taille (en surface et en profondeur) ;
  • Des minerais complexes, avec de très fines particules d’or libre (< 50 µm) et/ou un or lié à d’autres minéraux, comme les sulfures ;
  • Un traitement du minerai "lourd", consistant, le plus souvent, en une association de techniques gravimétriques, de flottation et/ou de cyanuration.

La cyanuration (procédé inventé en 1888) représente environ 80% de la production mondial. Il s’agit d’une technique majeure et essentielle à la mine industrielle d’or.

1.3. Tendance au gigantisme

SystExt souhaite rappeler la tendance au gigantisme de l’exploitation minière, tel que l’a souligné la Banque Mondiale en 2019 :

Modern LSM is being conducted at increasingly larger scales. One of the driving factors behind this development is that operations are becoming ever more mechanized and efficient, which means that lower grade and larger deposits may be mined and that more stringent environmental and social requirements make it more difficult for small operators to achieve the level of performance required.

Deux facteurs majeurs dominent cette tendance : la diminution substantielle des teneurs (tel qu’illustré par l’exemple des mines australiennes étudiées par Mudd en 2007) ainsi que l’augmentation des capacités de mécanisation des opérateurs miniers qui permettent de rentabiliser l’exploitation de gisements à faibles teneurs et forts tonnages. Si la mine industrielle est à l’origine de la majorité des matières premières minérales produites, il est attendu que cette tendance se poursuive et que les sites miniers soient de plus en plus grands.

2. Impacts climatiques

SystExt n’a pas identifié de données globales détaillant la quantité d'énergie nécessaire au fonctionnement des sites miniers, et à l’échelle des filières. C’est ce qui a conduit l’association à réaliser une étude sur les besoins (énergie électrique, énergies fossiles, eau) et les rejets (gaz à effet de serre, déchets miniers) d’une mine "moyenne" et pour trois filières (or, charbon, phosphates). ► Voir l’outil « La voracité de la mine industrielle » sur notre site.

S’agissant des ordres de grandeur associés à une mine "moyenne" d’or, ses consommations annuelles d’électricité et en énergies fossiles correspondraient respectivement à celle de 31 000 foyers français pendant un an, et à celle de 3 000 voitures particulières françaises pendant un an.

S’agissant des ordres de grandeur associés à une mine "moyenne" d’or, ses rejets annuels de gaz à effet de serre correspondraient à la quantité de CO2 émise par 190 000 voitures particulières françaises pendant un an. A l’échelle de la filière internationale d’or, cette équivalence s’élève à 116% des émissions du parc automobile particulier français pendant un an.

La filière aurifère est également concernée par de massives émissions de SOx (oxydes de soufre) et de NOx (oxydes d’azote), le relargage d'éléments traces métalliques (parfois toxiques comme le plomb, le mercure, l’arsenic…). On note que l’aval de la filière n’a pas été pas pris en compte par SystExt, par manque de données (transport et raffinage).

3. Impacts écologiques en milieu forestier

3.1. Mines à grande échelle en milieu forestier

Les données ci-après détaillées sont basées sur une étude de la Banque mondiale de 2019 (Forest Smart Mining: Large Scale Mining on Forests (LSM)). On définit, en introduction et pour la suite, une "MFA" comme étant une mine à grande échelle de minerais métallifères ("LSMm") installée en milieu forestier.

D’après la Raw Materials Database (2014), on dénombre 1 539 MFA dans le monde, soit 44% de toutes les LSMm en activité, auxquelles s’ajoutent 1 301 mines en développement et 525 mines inactives. En considérant une aire d’influence potentielle de 50 km autour de chaque site minier, la Banque Mondiale estime que ces 3 365 sites s’étendent sur 27% de la couverture forestière mondiale. Bien que le secteur minier soit le quatrième moteur de déforestation après l’agriculture, les infrastructures et l’expansion urbaine, le fait qu’il menace un tiers de la surface des forêts internationales est très préoccupant.

Concernant le type de biomes (au sens d’une région biogéographique s’étendant sous un même climat) concernés, SystExt a rencontré des difficultés dans l'identification et l'interprétation des données fournies par la Banque Mondiale dans son rapport. On retiendra cependant que :

  • 5% des MFA se situent en forêts tropicales humides de plaine (qui disposent de la capacité de stockage de carbone la plus élevée) ;
  • 7% des MFA se situent en forêts tropicales (considérées comme présentant la biodiversité la plus riche) ;
  • Au total, 47% des MFA se situent dans ces derniers types de forêts ou dans des forêts mixtes (associant des milieux tropicaux et d’autres milieux forestiers).

On retiendra doc que presque la moitié des MFAs se situent en forêt tropicales ou en forêts mixtes.

Par ailleurs, les aires protégées ne sont pas épargnées : 7% des MFA se situent dans des aires protégées (77%, à moins de 50 km de ces dernières), et 7% des MFA se situent dans des zones clés de biodiversité (52%, à moins de 50 km de ces dernières).

3.2. Prévalence de l’or

L’or est de loin la substance la plus concernées par l’installation grandissante de l’activité minière dans les milieux forestiers : un tiers de toutes les MFA exploitent le métal jaune. Et le lien or-forêt est particulièrement étroit : 47% des mines d'or du monde se situent en forêt. SystExt s’inquiète par ailleurs du fait que 47% des MFAs pour l’or se trouvent dans des forêts à forte valeur écologique.

3.3. Impacts écologiques directs

Les impacts écologiques "directs" d’un site minier (ceux qui sont le plus "visibles" en milieu forestier) trouvent leur origine dans la mise en place :

  • Des mines à ciel ouvert, les cavités associées pouvant couvrir des km² (on considérera comme très faibles les impacts en surface associés aux travaux d’extraction en souterrain) ;
  • Des installations de surface (installations de traitement du minerai, stockages, base-vie, ateliers...) ;
  • Des dépôts de stériles et de résidus miniers ;
  • Des infrastructures de transport (routes, voies ferrées), de gestion de l’eau (conduites, bassins, barrages) et de gestion de l’électricité (production, transformation voire transport).

Les surfaces ainsi impactées dans le cas des mines à grandes échelles représentent quelques km² à plusieurs milliers de km², selon la Banque mondiale.

3.4. Impacts écologiques indirects

Les impacts écologiques "indirects" sont potentiellement beaucoup plus étendus que les impacts directs, tel que le rappelle la Banque Mondiale : 

However, the immediate, relatively local direct environmental and social impacts of mining within the mine footprint may be dwarfed by the potentially far more wide ranging indirect impacts of mining infrastructure and socioeconomic change.

Ils trouvent leurs origines dans la mise en place :

  • De pollutions diffuses (poussières, eaux polluées et sols polluées), par des drainages miniers et le relargage d’éléments traces métalliques ;
  • De phénomènes accidentels (fuites, déversements, ruptures de digues), qui peuvent avoir des incidences catastophiques, et sur un rayon plus grand encore que les 50 km pris en compte par la Banque Mondiale comme aire d’influence potentielle ;
  • De "couloirs d'accès", c’est-à-dire des voies ouvertes au sein de la forêt afin de mettre en place les installations précédemment décrites. Ces "percées" donnent accès à des zones forestières auparavant sans activité et épargnées de toute intervention anthropique. C’est l’effet "Boîte de Pandore", avec, pour conséquences directes dans l’environnement immédiat de ces voies d’accès, l’augmentation de la déforestation, des feux de forêts, de la chasse et du braconnage. Ceci intervient dès les stades les plus précocoes du projets miniers (phase exploratoire) ;
  • De perturbations de la faune et de la flore par le bruit, la lumière, les poussières… ou encore l’installation potentielle d’espèces invasives allochtones ;
  • D'impacts sociaux majeurs (relocalisations, afflux massifs de populations, bouleversements sociaux).

3.5. Recommandations de SystExt

SystExt est en total accord avec cette analyse de la Banque mondiale dans son rapport de 2019 :

There is urgency to improve approaches to mining in forests.

Mais au regard du retour d’expérience de l’association et des éléments précédemment présentés, SystExt recommande :

  • L’interdiction de toute exploitation minière dans les zones protégées et dans un rayon de 50 km autour de celles-ci ;
  • L’interdiction de toute exploitation minière dans les zones à haute valeur écologique (exemple : "hot spot" de biodiversité) ;
  • Un moratoire sur l’exploitation minière à grande échelle dans les pays dont les écosystèmes forestiers sont déjà "sous pression" (Brésil, République Démocratique du Congo, Zambie, Ghana, Zimbabwe, notamment) ;
  • L’arrêt de l’exploitation industrielle aurifère.