Tribune | Guyane : Monsieur Macron, la République a mauvaise mine

14 mai 2020
Collectif Or de Question
En pleine pandémie, la commission départementale des mines s’est réunie mercredi 29 avril par visioconférence et a délivré un avis favorable au projet de mine à ciel ouvert de la Compagnie minière Espérance (CME). Le collectif Or de question et ses soutiens, signataires de cette tribune, demandent l’arrêt immédiat de ce projet ainsi qu’un moratoire sur l’exploitation minière industrielle en Guyane. En tant que signataire de cette initiative, SystExt relaie ici une tribune publiée dans Libération.
Non à la mine d'or Espérance (Source : Collectif Or de Question - Mai 2020)

► Voir la tribune dans Libération

Monsieur le Président, vous avez annoncé que "plus rien ne sera comme avant". Pourtant, pour les industriels miniers de Guyane, même en temps de confinement, tout continue selon la doctrine business as usual. Le nouveau projet de méga-mine de la Compagnie Espérance vient de recevoir le feu vert de la commission des mines alors même que ses dirigeants sont poursuivis par le parquet de Cayenne pour des faits de pollution environnementale.

Un trou d’1,5 km de large et de 300 mètres de profondeur verrait le jour au milieu de la forêt amazonienne, dans une zone située entre le Parc amazonien et le domaine forestier permanent de Guyane… Alors que durant plus de trois ans, citoyen·ne·s et associations se sont mobilisé·e·s massivement pour obtenir l’abandon de la Montagne d’or, ce projet ressemble à s’y méprendre à son prédécesseur.

L’arbre qui cachait la forêt

Nous le savions, le projet Montagne d’or n’était que le premier d’une longue série de tentatives de l’industrie minière de s’implanter. Les entreprises guyanaises servent désormais de marchepieds pour permettre à des multinationales de s’implanter au cœur de la forêt amazonienne, comme le géant américain Newmont Mining.

Ce modèle, c’est celui du monde d’avant, celui du profit à court terme, de la marchandisation du vivant et de l’enrichissement de quelques-uns au détriment de la protection des communs et des générations futures. La crise que nous traversons est directement liée à la destruction de la biodiversité et des habitats des espèces sauvages par les activités humaines. Le lien est désormais fait entre déforestation et apparition de nouvelles épidémies. L’activité minière intensive développe des "conditions parfaites" pour la propagation des maladies de la faune aux humains selon l’Ipbes. La pandémie de coronavirus révèle les failles et les limites de notre système.

La Guyane, forte de ses atouts naturels, entre autres l’ensoleillement, l’eau, le bois, les ressources halieutiques, dispose des capacités pour atteindre une autosuffisance alimentaire et énergétique. Pourtant, la Guyane importe dix fois plus qu’elle n’exporte, et dépend à près de 80% des importations d’hydrocarbures pour son énergie.

En période de pandémie, les besoins en produits importés favorisent le transport du virus et cette dépendance implique aussi qu’en temps de crise, l’étau des prix se resserre encore davantage sur les plus pauvres, révélant la vulnérabilité de notre modèle social et économique.

Un acharnement contre la forêt

Monsieur le Président, cet acharnement contre la forêt amazonienne guyanaise, qui représente la moitié de la biodiversité française nationale, est en contradiction flagrante avec vos déclarations de l’été 2019. Suite aux feux de forêts en Amérique du Sud qui ont ravagé plus de 900 000 hectares, vous aviez non seulement affirmé que "nous sommes tous des Amazoniens" mais qu’il fallait "stopper le processus de déforestation industrialisée".

A ce jour, près de 360 000 hectares de forêt primaire sont menacés par les multinationales de l’industrie minière et de nombreux projets miniers, de l’envergure de la Montagne d’or ou Espérance, pourraient voir le jour si un coup d’arrêt n’est pas décidé. En maintenant ce nouveau projet de méga-mine de la compagnie Espérance, la France se montre-t-elle si exemplaire en matière d’environnement sur son territoire en Amazonie ?

Si nous voulons respecter nos engagements climatiques, nous devons nous résoudre à faire des choix de société nous garantissant de pouvoir construire une Guyane résiliente, autosuffisante et respectueuse de la nature. Pour cela, il sera absolument nécessaire de transformer notre économie, en investissant dans des filières pérennes et locales, comme l’agroforesterie et la pêche durable, et de délaisser les projets de mines industrielles énergivores, polluants et climaticides.

La mine est une industrie polluante dont le collectif Or de question dénonce les dangers, notamment l’utilisation du cyanure que le Parlement européen préconise d’ailleurs d’interdire. Aucun projet d’exploitation minière industrielle ne pourra jamais être compatible avec les exigences environnementales et les engagements climatiques français.

Monsieur le Président, après la loi Hulot de 2017 qui interdit l’octroi de permis d’exploration pour de nouveaux gisements d’hydrocarbures, nous demandons que le gouvernement mette immédiatement un terme au projet Espérance et adopte un moratoire sur l’exploitation minière industrielle en Guyane afin de protéger efficacement le climat et la biodiversité et de garantir un avenir sûr pour les générations futures.

Plus d’un demi-million de personnes ont signé la pétition pour soutenir le collectif Or de question et dire stop à l’exploitation minière industrielle en Guyane. Vous pouvez nous aider : signez et partagez !

► Signataires :

Les organisations locales Maiouri Nature Guyane, Trop Violans et Guyane Ecologie, les organisations nationales Ligue des droits de l’homme, Amis de la Terre France, Fondation Danielle Mitterrand et Yannick Jadot, député européen Europe-Ecologie-les Verts, Delphine Batho, présidente de Génération écologie, Fabien Gay, sénateur de Seine-Saint-Denis, Mathilde Panot, vice-présidente du groupe parlementaire France insoumise et députée du Val-de-Marne, Dominique Bourg, philosophe, professeur honoraire, Université de Lausanne, Valérie Cabanes, juriste internationaliste, Malcom Ferdinand, chercheur et auteur d’Une écologie décoloniale des personnalités de la société civile, Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, cofondateur de Greenpeace, Fabrice Nicolino, président de Nous voulons des coquelicots, Lamya Essemlali, cofondatrice de Rewild, présidente de Sea Shepherd France, Alexis Tiouka, juriste droits humains et droits des peuples autochtones, Mawalum Amandine Galima, porte-parole de l’organisation Jeunesse autochtone de Guyane, Bernard Lavilliers, chanteur, Pierre Richard, acteur et réalisateur…
Voir la liste complète des signataires sur le site du collectif Or de Question...