Rapport d'étude | Controverses minières - Volet 1

16 novembre 2021
SystExt


Métaux rares, substances indispensables à la transition, exploitation zéro émission, techniques minières modernes, technologies intelligentes, impacts positifs sur la biodiversité, standards internationaux contraignants, nouvelles frontières extractives... Ces nouveaux concepts sont de plus en plus mis en avant tant dans l'espace public que dans les espaces plus spécialisés des géosciences et de l'industrie minérale. Pourtant sur le terrain, rien ne change.

Les nombreuses associations nationales et locales qui travaillent dans le monde entier sur les questions minières s'inquiètent au contraire de l’aggravation des impacts humains, sanitaires, environnementaux, sociaux, tendance corroborée par le monde académique qui multiplie les travaux de recherche sur la question. En France en particulier, la communication sur les questions minières dans l’espace public a donc vécu une transformation radicale : de la non-information à la désinformation.

► Le rapport d'étude est téléchargeable en bas de cette page.

Dans cette étude, SystExt propose, non pas de dénoncer des manœuvres de greenwashing mais d'alerter les citoyens sur l’écart grandissant entre cette communication et les réalités humaines et environnementales, avec trois principaux objectifs :
- Réaliser un état de l'art des connaissances sur les sujets qui font l’objet de la communication la plus soutenue, tels que l’évolution de techniques minières ou encore les meilleures pratiques disponibles ;
- Rendre accessibles ces données techniques pour alimenter le débat public ;
- Dénoncer la gravité de la situation, concernant en particulier les pratiques inacceptables de l’industrie minière, et les perspectives alarmantes à moyen et long-terme.

L’objectif de cette étude n’est pas d’émettre des recommandations sur chacun de ces sujets. Il s’agit plutôt de mettre à disposition du plus grand nombre les données et informations permettant une prise de conscience et de position collective.

Industrie intrinsèquement prédatrice et dangereuse

Les gisements métalliques comportent deux caractéristiques intrinsèques :
- Les minerais présentent généralement des teneurs très faibles, les substances d’intérêt étant disséminées dans des volumes de roche gigantesques ;
- Les substances d’intérêt sont associées à un cortège d’éléments, principalement des métaux et des métalloïdes, dont certains sont particulièrement toxiques pour la santé humaine et plus largement pour toute forme de vie.

Pour ces deux dernières raisons, l’industrie minière met en œuvre des procédés complexes et longs, très consommateurs d’eau et d’énergie, et générant des quantités considérables de déchets. Cette industrie est d’ailleurs celle qui en produit le plus parmi toutes les autres industries.

Contrairement aux idées reçues, la phase du projet minier qui est la plus consommatrice n’est pas l’exploitation (que ce soit en souterrain ou en ciel ouvert) mais le traitement du minerai, qui représente à lui seul 70 % de la consommation d’eau et plus de 80 % de la consommation d’électricité d’un site minier.

Cette spécificité de l’industrie minière entraîne des réactions en chaîne : les déchets miniers générés induisent des impacts environnementaux majeurs, affectant tous les milieux (eaux, air, sols), et cette dégradation de l’environnement ainsi que la contamination des milieux de vie des populations sont à l’origine de conséquences sanitaires et sociales graves.

Étant donné que les sites miniers s’implantent sur des emprises importantes, requièrent l’usage massif d’eau, d’énergie et d’infrastructures pour leur fonctionnement, et sont à l’origine de dommages environnementaux, les conflits sont inévitables :
- Conflits d’usages avec les riverains et acteurs locaux ;
- Conflits socio-culturels dus aux perturbations profondes engendrées par l’installation du site, en particulier les migrations et les déplacements forcés de populations ;
- Conflits socio-environnementaux avec les populations affectées et les défenseurs des droits.
Par ailleurs, l’industrie minière est souvent installée dans des zones occupées par des peuples autochtones et/ou à haute sensibilité écologique.

Il en résulte une exacerbation des conflits qui se reflète dans les statistiques mondiales : le secteur est responsable du plus grand nombre de conflits socio-environnementaux et est impliqué dans le plus grand nombre d’assassinats de défenseurs des droits.

Deux postures : inertie et gigantisme

Contrairement aux idées reçues, les techniques minières les plus utilisées n’ont pas changé depuis plus d’un siècle : la flottation est toujours la méthode de concentration la plus employée, les méthodes pyrométallurgiques restent nécessaires pour la récupération de la plupart des métaux, la cyanuration représente 80 % de la production mondiale d’or...

Les principales innovations techniques datent de la fin du XIXème siècle. Elles ont servi un objectif précis : faire entrer l’industrie minière dans une ère de production de masse. Ce paradigme a été conservé durant toute la seconde moitié du XXème siècle et s’est amplifié dans les années 1960 avec l’avènement de techniques « novatrices » : block-caving, mountain top removal, strip-mining, lixiviation en tas et lixiviation in situ. Toutes ces techniques ont deux points communs : (1) elles permettent d’exploiter à bas coûts des gisements à faible teneur ; (2) elles peuvent être à l’origine de risques plus graves encore que les techniques "conventionnelles".

Aujourd’hui, si des innovations existent, elles concernent davantage la numérisation et l’automatisation. Cette évolution est souvent présentée comme un moyen d’augmenter les performances environnementales et sociales de l’industrie minière. Dans les faits, les premiers retours d’expérience sont beaucoup plus contrastés, notamment en termes de répercussions sur les emplois et l’embauche, et par rapport à l’usage massif d’équipements électriques et d’énergies renouvelables.

Déversement : la technique de gestion des déchets miniers la plus polluante et destructrice qui soit

L’inertie qui caractérise l’innovation dans le secteur minier, s’applique également à l’une de techniques de gestion des déchets miniers : le déversement volontaire en milieux aquatiques. Contrairement aux idées reçues, il s’agit d’une pratique extrêmement répandue, mise en œuvre autant dans les pays dits « développés » que les autres.

D’après un inventaire réalisé par SystExt, 56 sites miniers à travers le monde ont été, sont ou seront concernés par la mise en œuvre de cette pratique, et ce chiffre est très sous-estimé. 10 sites projettent de recourir à des déversements en mer, au Groenland, en Norvège et en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Les conséquences sur les cours d’eaux, les lacs, les fjords et les mers sont catastrophiques : contamination des eaux et des sédiments en métaux et métalloïdes, comblement des rivières et des lacs, destruction des habitats, dépérissement forestier, etc.

Malgré les recommandations d’organisations internationales aussi importante que le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) ou l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), cette pratique n’est toujours pas règlementée à l’international. Elle s’inscrit notamment dans un « vide règlementaire » de la Convention de Londres et du Protocole de Londres, les principaux instruments internationaux pour la protection des océans contre la pollution anthropique résultant de l’immersion de déchets. Les règlementations nationales sont, quant à elles, le plus souvent insuffisantes, lorsqu’elles existent.

Abandon de millions d’anciens sites miniers dans le monde

Les règlementations nationales sont tout aussi insuffisantes lorsqu’il s’agit de légiférer sur la fin de l’activité minière et l’après-mine. C’est ainsi que des millions de sites ont été abandonnés à travers le monde, et son désormais sous la responsabilité des États et de leurs contribuables. Des milliards de dollars sont dépensés chaque année pour tenter d’endiguer les impacts environnementaux et sanitaires associés. L’après-mine souffre encore de méthodes de gestion inappropriées et insuffisantes, tant au moment de la fermeture du site minier (mise en sécurité) que pour son suivi sur le long-terme (réhabilitation). Si cette question est cruciale, c’est aussi parce que les métaux et les métalloïdes ne se décomposent pas et ne sont pas biodégradables. Toutes ces pollutions peuvent perdurer sur des échelles centenaires à millénaires.

Selon de nombreux auteurs étudiés par SystExt, l’industrie minière se caractérise par un modèle intrinsèquement insoutenable. Dans un contexte de diminution des teneurs et de raréfaction des gisements facilement exploitables, ce modèle sera nécessairement à l’origine d’une augmentation exponentielle de la consommation d’eau et d’énergie, ainsi que des impacts environnementaux et sociaux.

Tous ces éléments doivent être confrontés aux prévisions de croissance de la demande métallique mondiale dans les années à venir. Cette question fera d’ailleurs l’objet d’un deuxième volet de l’étude.