Potentiel métallique de trois permis de recherches armoricains : des projets aurifères au service de la transition ?
| ► Pour des raisons de simplification dans cette publication, SystExt emploiera le terme "potentiel métallique" plutôt que le terme "potentiel métallogénique", bien que ce dernier soit plus adapté pour cette publication. Schématiquement, le potentiel métallogénique (voir définition de métallogénie*) fait référence à la possibilité d’être en présence de formations géologiques porteuses de métaux, tandis que le potentiel métallique fait référence à un volume possible de métaux, identifié à l’issue de travaux d’exploration. De plus, SystExt emploiera le terme "permis" pour désigner les permis de recherches de mines. |
1. MINÉRALISATION RAREMENT SYNONYME DE MINE
Une minéralisation désigne une concentration naturelle en un ou plusieurs minéraux. Plusieurs catégories de minéralisations se distinguent (Jébrak & Marcoux, 2008 ; Cassard, et al., 2012 ; Poulard, et al., 2017 ; Gourcerol, et al., 2021) :
- un indice (ou prospect) consiste en une minéralisation dont l’existence est connue grâce à des observations de terrain et des travaux d’exploration de faible ampleur (tranchées, galeries de reconnaissance) et/ou des observations indirectes (géochimie, géophysique) mais dont l’intérêt économique n’est pas démontré.
- un gîte consiste en une minéralisation susceptible d’être économiquement exploitable.
- un gisement consiste en une minéralisation économiquement exploitable, compte tenu des conditions technico-économiques du moment. La partie exploitable du gisement est alors qualifiée de "minerai".
Ainsi, la dimension économique prévaut dans la distinction entre indice, gîte et gisement – ou, en d'autres termes, la quantité estimée de métal présent dans la minéralisation est déterminante dans l’établissement de cette typologie. Par conséquent, cette distinction est clé pour différencier les minéralisations susceptibles de donner lieu à une exploitation minière de celles qui présentent de trop faibles teneurs* et/ou tonnages* en métaux pour être exploitables. Schématiquement, une "minéralisation" n’est pas nécessairement synonyme de "mine". En exemple, de nombreuses minéralisations ont été identifiées sur l’emprise des permis de Taranis et Bélénos, mais ces territoires ne feront pas forcément l'objet d'un développement minier.
À titre d’illustration, la Figure 1 présente les photographies d'une minéralisation en molybdénite (sulfure de molybdène) connue à Bécon-Les-Granits (49) (ii). Il s'agit d'un indice sans intérêt économique qui ne sera probablement jamais exploité (Cavet, et al., 1970).

2. FAVORABILITÉ ESSENTIELLEMENT AURIFÈRE
Sur le territoire hexagonal, les principaux gisements métalliques sont concentrés dans les massifs dits anciens (Massif armoricain, Massif central, Vosges, Maures, Ardenne, Corse) ainsi que dans les chaînes de montagnes plus récentes (Alpes, Pyrénées) (Reys, et al., 2023 ; MinéralInfo). Ces gisements sont souvent associés à de grands accidents tectoniques, qui facilitent la circulation de fluides au cours des temps géologiques et peuvent être le piège de minéralisations.
Le Massif armoricain est traversé d’ouest en est par un tel accident tectonique, appelée le Cisaillement sud armoricain (CSA), qui constitue une structure géologique majeure pour les minéralisations régionales. Elle s’étend de la Pointe du Raz à la région de Lorient, où elle se divise en une branche nord qui se prolonge vers Angers, et une branche sud qui se prolonge vers Nantes puis Niort (iii).
L’axe Malestroit-Beslé-Angers se confond avec la branche nord du CSA. Il s’agit d’une structure faillée de 135 km de long et de 15 km de large, connue pour ses minéralisations aurifères (Marcoux, 2017) (Figure 2). Cet axe se caractérise par la présence d’aurières* gallo-romaines ainsi que d’indices et gîtes aurifères identifiés par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), principalement entre Beslé et Angers.
Les permis de Taranis et Bélénos s’étendent le long de l’axe Malestroit-Beslé-Angers ; tandis que celui d’Epona est localisé à environ 2 km au sud du CSA. Les permis ne se situent pas à proximité d’anciennes mines d’or industrielles (1, 2 et 3 sur la Figure 2) ; celle de Saint-Pierre-Montlimart (49) (iv) se trouvant dans un rayon de moins de 50 km.

Une étude de Gourcerol et al. (2021) inventorie les principaux indices et gîtes pour 24 métaux sur le territoire hexagonal (v). Elle confirme cette favorabilité aurifère* : elle référence, en effet, une dizaine d’indices d’or au niveau du permis de Bélénos (Figure 3). L'étude note cependant la très faible importance de ces indices, leurs ressources* supposées étant estimées à moins d'une tonne d'or.
En synthèse, le potentiel métallique porte le plus probablement sur l’or. Particulièrement, ce potentiel est plus élevé sur l'emprise du permis de Bélénos.

3. MINÉRALISATIONS CONNUES RELATIVEMENT LIMITÉES
Exception faite de l’or, les zones ciblées par les trois permis ne sont pas connues à l’échelle du Massif armoricain pour avoir fait l’objet de travaux d’exploitation conséquents (GEODERIS, 2013 ; Marcoux, 2017). Toujours hors minéralisations aurifères, ces zones ne font pas partie des cibles d’intérêt minier récemment identifiées par le BRGM à partir des données géophysiques et des résultats géochimiques de l’Inventaire Minier (1975-1991) (vi) (Bertrand, et al., 2016 ; Gourcerol, et al., 2021), ainsi qu’à partir de modèles de prédictivité géologiques* pour l’antimoine (Sb), l’étain (Sn) et le lithium (Li) (Gloaguen & Tourlière, 2016 ; Gloaguen, et al. 2018a ; Gloaguen, et al. 2018b).
En l’absence d’anciennes mines (hors aurières gallo-romaines et ferrières*) et de cibles d’intérêt minier sur l’emprise des permis, SystExt a cherché les minéralisations de moindre importance. L’analyse de l’association est nécessairement limitée puisqu’elle se base uniquement sur les sources publiquement accessibles, certaines datant des années 1980 et antérieurement : (1) la carte géologique au 1/50 000 et les notices associées (Cavet, et al., 1970 ; Cavet, et al., 1976 ; Plaine, et al., 1981 ; Herrouin, et al., 1989 ; Dadet, et al., 1995 ; Janjou, et al., 1998 ; Béchennec, et al., 2012 ; Béchennec & Thiéblemont, 2013) ; (2) les données du portail InfoTerre ; (3) l’étude des ressources minérales du Massif armoricain de Marcoux (2017). Néanmoins, ces sources publiques peuvent être considérées comme représentatives des travaux sur les principales minéralisations connues.
Le croisement de ces sources a permis à SystExt de retenir 14 minéralisations sur l’emprise du permis de Taranis et 20, sur celle du permis de Bélénos qui s’apparentent plus à des indices qu’à des gîtes (Figure 4 et Figure 5). Il s’agit majoritairement de minéralisations aurifères ou plombo-zincifères ; les autres minéralisations étant à antimoine (Sb), étain (Sn), fer (Fe), molybdène (Mo) et titane (Ti). Aucune minéralisation n’a été identifiée sur l’emprise du permis d’Epona.
Plusieurs de ces minéralisations ont fait l’objet de travaux de reconnaissance approfondis qui ont confirmé leur caractère relativement limité, d’après les sources consultées par SystExt. Sur l’emprise du permis de Taranis, sont, par exemple, concernées les zones de : Vaulaurent (01 et 02) et Haut-Sourdéac (04 à 06) sur lesquelles des dizaines de forages ont été réalisés par le BRGM ; la Chapelle-Sainte-Mélaine (09 à 11) et Beslé (13 et 14) sur lesquelles de nombreux puits et galeries de recherche ont été creusés. Sur l’emprise du permis de Bélénos, deux permis ont été octroyés au BRGM en 1990 (vii) : le permis de La Meignanne (or, argent, arsenic et substances connexes) (possiblement 21 à 30) et le permis de La Babinais (or, argent, arsenic, plomb, zinc, cuivre et substances connexes) (possiblement 15, 17 et 18).
(ci-dessus) Les références numérotées des minéralisations ne sont fournies qu’à titre indicatif, SystExt n’ayant pas été en mesure de vérifier la localisation exacte des travaux de reconnaissance concernés.

► Voir la carte complète avec la légende de la carte géologique harmonisée
► Voir la description des minéralisations (nom, coordonnées, principaux métaux, etc.)

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4. POTENTIEL MÉTALLIQUE INSUFFISAMMENT EXPLICITÉ
Les permis portent sur 22 métaux (viii) et les terres rares (famille de 17 métaux) (Figure 6, en gris) ; le titane (Ti), le zirconium (Zr) et le rhénium (Re) étant recherchés seulement sur les permis de Taranis et de Bélénos et non celui d’Epona.
Pour autant, les trois dossiers de demande se concentrent sur l’or (Breizh Ressources, 2025a, 2025b, 2025c) – la plupart des descriptions et informations étant consacrée à ce métal et aux minéralisations porteuses associées. La majorité des autres métaux est très peu détaillée : (1) huit d’entre eux n’apparaissent pas dans les dossiers de demande (Figure 6, en gris clair) ; (2) trois d’entre eux (bismuth [Bi], germanium [Ge], indium [In]) ne sont évoqués que brièvement ; (3) le lithium (Li) et les terres rares ne sont discutés que dans le dossier de demande d’Epona, une seule phrase leur étant consacrée dans tout le rapport.
Bien que davantage d’informations géologiques et gîtologiques* soient fournies dans les dossiers de demande pour les neuf métaux restants, SystExt considère qu’elles ne sont pas suffisantes pour conclure quant à un éventuel potentiel métallique – l’antimoine (Sb) et l’étain (Sn) faisant exception.
Pour les trois projets, l’approche retenue est celle du greenfield, qui fait référence à la mise en place initiale d’un projet minier sans qu’il n’y ait eu d’exploitation auparavant (Kemp, et al., 2026) (ix) :
Le périmètre de Taranis peut être considéré comme un terrain "greenfield", car bien que certaines zones aient fait l’objet de travaux d’exploration dans les années 1980 par Hexamines [ancienne société française de prospection minière] et le BRGM, ils ont été réalisés à l’aide d’une technologie aujourd’hui considérée comme obsolète et n’ont concerné que des zones très limitées. Aurania ne cible pas seulement les indices miniers connus, mais compte découvrir une ou plusieurs nouvelles cibles minéralisées. (Breizh Ressources, 2025b, pp. 127-128 pdf)
Les projets d’exploration du type greenfield se distinguent par un haut degré d’incertitude. Il est donc nécessaire de recourir à des faits géologiques et gîtologiques circonstanciés pour étayer leur potentiel métallique. Dans les dossiers de demande, et comme souligné précédemment, ces faits ne sont précisés que pour l’or, ainsi que pour l’antimoine et l’étain dans une moindre mesure.
À ce stade très préliminaire de la phase exploratoire, et d’autant plus pour des projets greenfield, il est logique que de nombreuses incertitudes persistent quant aux caractéristiques gîtologiques des minéralisations. Il est cependant possible de discuter la favorabilité de certaines substances en procédant, par exemple, à : une comparaison avec des environnements géologiques similaires en France hexagonale et à l’international (comme cela a été fait dans les dossiers de demande avec le projet aurifère de Queensway, au Canada) ; une analyse des contextes géologiques favorables aux différentes substances recherchées (comme cela a été fait dans les dossiers de demande pour l’étain et l’antimoine).
Cette discussion est d’autant plus importante pour les métaux pour lesquels aucune production n’a été enregistrée en France hexagonale et qui ne disposent pas de contextes géologiques favorables sur le territoire métropolitain, comme le cobalt (Co) ou le platine (Pt) :
La France métropolitaine ne dispose pas de gisements de cobalt ni de contextes géologiques favorables à leur existence. Le SIG [Système d'Information Géographique] Mines France ne répertorie pas le cobalt. Il répertorie onze indices de nickel, dont neuf associés à des roches ultrabasiques et deux à des filons polymétalliques, susceptibles de contenir un peu de cobalt. […] Ces indices sont cités pour mémoire. Ils sont tous très petits, et aucun n'est susceptible de constituer un gisement de nickel actuellement économique, et encore moins de cobalt. (Audion, et al., 2014, p. 77)
Il n’existe pas en France métropolitaine de gisements de platine ni de contextes géologiques favorables à leur existence. Les formations ultrabasiques [très pauvres en silice] sont rares et peu développées. Seuls de très petits indices de platinoïdes, d’intérêt purement académique, ont été signalés, de manière ponctuelle, mais aucun d’entre eux n’est susceptible d’approcher une dimension économique. […] Le potentiel minier de la France métropolitaine en platinoïdes est inexistant. (Labbé & Dupuy, 2014, pp. 129-130)

5. MÉTAUX PRIORITAIREMENT RECHERCHÉS NÉCESSITANT D’ÊTRE PRÉCISÉS
▪ 5.1. Limites technico-économiques associées à la coproduction
Dans le cadre d’un permis, il est d’usage que la liste des métaux recherchés comprenne non seulement la substance principale – ou métal-hôte* – mais aussi d’autres métaux éventuellement présents dans les minéralisations. Dans le cas où ces derniers présentent des caractéristiques gîtologiques (en termes de teneur, de tonnage et de forme dans le minerai) compatibles avec les conditions technico-économiques du moment, ils peuvent dès lors être produits avec le métal-hôte ; il s’agit alors de sous-produits ou de coproduits (x).
| ► Pour des raisons de simplification dans cette publication, SystExt emploiera le terme "coproduits" pour désigner à la fois les sous-produits et les coproduits. |
SystExt note néanmoins que, de façon singulière, les métaux recherchés dans le cadre des permis d’Epona, de Taranis et de Bélénos sont très nombreux (22 métaux et terres rares, § 4) et directement rapprochés des besoins pour la transition énergétique (xi) :
Le contexte géologique du périmètre de la demande est favorable à la formation de gisements de certains des métaux critiques ou stratégiques tel que l’antimoine, l’étain, le cuivre ou le zinc. Ils sont souvent associés à l’argent ou l’or […]. […] Néanmoins, il faut garder à l’esprit que nombre des métaux listés par la Commission Européenne ou le BRGM ne forment jamais de gisements individuels, et sont toujours extrait comme sous-produits de l’exploitation d’autres substances. C’est le cas du bismuth […] ou de l’indium, du gallium et du germanium (sous-produit des gisements de zinc). Ces métaux reconnus comme stratégiques pour la France, font donc également partie des cibles qui seront recherchées par Breizh Ressources, au même titre que les minéralisations potentielles présentées […]. (Breizh Ressources, 2025a, 2025b, 2025c)
Pourquoi explorer ? Il est potentiellement question ici de ressources minérales essentielles à l’industrie française qui devient de plus en plus dépendante des métaux essentiels à la transition écologique (mobilité électrique, éolien, photovoltaïque, etc.). Au moment où la France et l’Europe cherchent à identifier leurs ressources propres en sous-sol pour réduire leurs importations de métaux stratégiques, Breizh Ressources porte une mission essentielle : identifier si certains secteurs de l’Ouest de la France dispose de ressources inexplorées lui permettant de devenir une région à la pointe de ces enjeux de transitions. (Breizh Ressources)
Il est techniquement et économiquement impossible de valoriser les 22 métaux recherchés et les terres rares au sein d’un même site minier ou de sites miniers géographiquement proches. En effet, le traitement minéralurgique* et métallurgique* des minerais est un ensemble complexe de procédés qui requiert des équipements – voire des usines – dédiés à la récupération de chaque substance. Ainsi, traiter certains métaux peut présenter des risques : (1) s’avérer trop coûteux ; (2) limiter la possibilité de récupérer d’autres métaux d’intérêt ; (3) conduire à la contamination des concentrés* par des métaux difficiles et/ou coûteux à éliminer dans les fonderies (xii) ; etc. Par conséquent, la production de plusieurs métaux – ou coproduction – nécessite des arbitrages technico-économiques, en fonction de leurs caractéristiques gîtologiques et des risques que leur traitement pourrait induire.
De plus, nombre de coproduits ne sont récupérables qu’en fonderie ou raffinerie*, à la fin de la chaîne de traitement du minerai. Sont prioritairement concernés les métaux qui ne disposent d’aucun gisement en propre – aussi appelés "100 % coproduit" – comme le germanium (Ge), l’indium (In) et le bismuth (Bi) (tel que rappelé dans la citation précédente). Ces métaux ne peuvent être valorisés que si les fonderies et raffineries disposent des capacités de traitement adéquates, ce qui n’est fréquemment pas le cas (Mudd, et al., 2017). Dans ce contexte, le plus souvent, leur valeur n’est pas considérée dans la vente du concentré et ils ne constituent pas de réels contributeurs pour le projet minier (Mudd, et al., 2017). Même lorsqu’ils sont reconnus et quantifiés dans un gisement, la valorisation des 100 % coproduits ne relève que très rarement de l’exploitant minier et leur récupération peut s’avérer particulièrement complexe.
La Figure 7 illustre cette complexité avec le cas de l’indium (In) dont la production provient à 95 % de la métallurgie du zinc (xiii) (Mudd, et al., 2017 ; Werner, et al., 2017).

▪ 5.2. Coproduction des mines d’or
Les dossiers de demande soulignent que l’or pourrait favoriser, voire garantir, la viabilité économique d’un éventuel projet minier polymétallique (xiv) :
La présence d’or dans le secteur, augmente significativement le caractère potentiellement économique de l’exploitation des autres métaux, que ce soit comme produit principal [ou métal-hôte], qu’en tant que sous-produit. (Breizh Ressources, 2025b, p. 123 pdf)
[…] la présence [d’or] pouvant être déterminante pour la rentabilité d’une exploitation dans les pays à fort PIB où les contraintes environnementales augmentent drastiquement les coûts. (Breizh Ressources, 2025a, p. 112 pdf)
Afin d’évaluer quels métaux pourraient être coproduits en cas d’exploitation de l’or, SystExt a analysé des publications de référence sur la coproduction (Graedel, et al., 2014 ; Mudd, et al., 2014 ; Nassar, et al., 2015 ; Labbé, 2017 ; Greffe, et al., 2024). Étant donné que les trois dossiers de demande se concentrent sur l’or (§ 4) et que les zones ciblées par les permis se caractérisent par une favorabilité essentiellement aurifère (§ 2 et § 3), le cas le plus probable serait une exploitation où l’or est le métal-hôte – c’est-à-dire une mine d’or - et non un coproduit de l’exploitation d’un autre métal. Or, toutes ces publications confirment que la coproduction des mines d’or est limitée.
Greffe, et al. (2024) ont étudié les filières de coproduction à l’international, en évaluant les combinaisons possibles entre 58 métaux, à partir des données recueillies sur 3 422 gisements localisés dans 141 pays (xv). Ils ont construit une base de données renseignant les réserves* ou ressources* pour les coproduits potentiels (xvi) (xvii). SystExt a extrait les 241 projets qui ont l’or pour métal-hôte.
La grande majorité de ces 241 projets (67 %) présentent au plus deux coproduits potentiels. Le cas échéant, il s’agit le plus souvent du cuivre (Cu) et de l’argent (Ag). Les autres métaux pouvant être coproduits sont au nombre de 13, en priorité desquels le zinc (Zn) et le plomb (Pb) (xviii). Statistiquement, un projet aurifère présente en moyenne 2,1 coproduits potentiels (sur les 241 projets).
En complément, SystExt s’est appuyée sur la base de données d’Owen, et al. (2022), qui comprend 5 097 projets miniers en cours d’exploitation et de développement, localisés dans 126 pays. Comme représenté sur la Figure 8, cette base de données inclut les projets référencés par l’entreprise S&P Global, qui extraient ou prévoient d’extraire au moins un des 29 métaux considérés comme nécessaires pour la transition énergétique (définition sur la Figure 8), et pour lesquels des réserves ou ressources sont enregistrées. L’association a extrait les 857 projets qui ont l’or pour métal-hôte.
La grande majorité de ces 857 projets (72 %) ne présente qu’un seul coproduit potentiel. Le cas échéant, il s’agit le plus souvent de l’argent (Ag) – métal qui est étroitement lié à l’or dans ses gisements (xix). Les autres métaux pouvant être coproduits sont au nombre de 13, en priorité desquels le cuivre (Cu), le zinc (Zn) et le plomb (Pb) (xx). Statistiquement, un projet aurifère présente en moyenne 1,5 coproduits potentiels (sur les 857 projets).

▪ 5.3. Nécessité de préciser les métaux prioritairement recherchés
Malgré les incertitudes qui entachent nécessairement les deux bases de données utilisées, il est possible de dresser des tendances significatives en termes de métaux qui peuvent le plus (et le moins) probablement êtres coproduits dans les mines d’or. Deux conclusions peuvent ainsi être tirées en cas d’exploitation aurifère sur les zones ciblées par les permis (Figure 9, en jaune et gris). D’une part, l’argent (Ag), le cuivre (Cu), le zinc (Zn), le plomb (Pb) et le molybdène (Mo) sont les métaux recherchés qui pourraient le plus probablement être coproduits – sous réserve que leur caractéristiques gîtologiques soient compatibles avec les conditions technico-économiques du moment. D’autre part, la possibilité de viabiliser économiquement la production d’autres métaux est peu probable pour les terres rares et 8 métaux (sur 22 métaux recherchés), parmi lesquels le lithium (Li), l’étain (Sn) et le tantale (Ta).
De plus, 7 des métaux recherchés et 12 des 17 terres rares sont des "100 % coproduits" (Figure 9, en saumon). Pour rappel, cela implique que, même lorsqu’ils sont reconnus et quantifiés dans un gisement, leur valorisation ne relève que très rarement de l’exploitant minier et leur récupération peut s’avérer particulièrement complexe. Autrement dit, le plus souvent, leur présence ne modifie pas le projet minier en termes de méthodes d’exploitation et de traitement minéralurgique, ni en termes de recettes.
Par ailleurs, les données fournies dans les dossiers de demande sont insuffisantes pour conclure quant au potentiel métallique des zones ciblées par les permis pour la majorité des métaux recherchés, en particulier pour le cobalt (Co), les platinoïdes (platine [Pt], palladium [Pd] et rhodium [Rh]) et le tungstène (W) (§ 4).

Malgré les incertitudes inhérentes à ce stade très préliminaire de la phase exploratoire, les quatre conclusions précédentes montrent qu’il est possible de préciser les métaux prioritairement recherchés parmi les 22 métaux (et terres rares) sur lesquels portent les permis d’Epona, de Taranis et de Bélénos.
Tous les éléments recueillis par SystExt corroborent la probabilité que les trois projets ne puissent se concrétiser que sous forme d’exploitations aurifères avec peu de coproduits, et qu’ils ne permettent pas de viabiliser la production de métaux considérés comme nécessaires pour la transition énergétique, tels que le lithium (Li), les terres rares ou le cobalt (Co). Dans ce contexte, il est nécessaire que soit précisée la liste des métaux recherchés, tout en expliquant comment ils pourraient être valorisés et comment ils pourraient répondre aux besoins métalliques pour la transition énergétique. Il est en effet indispensable que les citoyens et les élu·e·s locaux·ales soient informé·e·s du type de projet minier qui pourrait s’implanter sur leur territoire.
► NOTES
(i) En 2025, la demande d’or se distribuait ainsi : 44 % pour les investissements, 33 % pour la bijouterie, 17 % pour les banques centrales et 6 % pour les usages technologiques. Ces derniers concernent très majoritairement l’électronique (5 %), ainsi que la dentisterie et quelques usages de niche (1 %). (World Gold Council, 2026)
(ii) Cette minéralisation fait partie de celles retenues par SystExt sur l’emprise du permis de Bélénos et porte la référence 28 · Bécon-les-Granits 1 (§ 3).
(iii) La branche sud représente l’accident tectonique le plus long de la France hexagonale, avec une longueur de plus de 500 km (IRSN, 2012).
(iv) L’ancienne mine d’or de Saint-Pierre-Montlimart (49) – aussi appelée mine de la Bellière – a fait l’objet d’une étude détaillée par SystExt en 2021-2022 (SystExt, 2022).
(v) L’atlas de Gourcerol, et al. (2021) s’appuie sur la base de données "Gisements, gîtes et indices France" du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Il présente un bilan des ressources supposées et des productions passées pour 24 métaux* ainsi qu’un bref contexte géologique associé. * antimoine (Sb), argent (Ag), béryllium (Be), cobalt (Co), chrome (Cr), cuivre (Cu), étain (Sn), gallium (Ga), germanium (Ge), hafnium (Hf), indium (In), lithium (Li), molybdène (Mo), nickel (Ni), niobium (Nb), or (Au), scandium (Sc), sélénium (Se), tellure (Te), tantale (Ta), titane (Ti), tungstène (W), vanadium (V), zirconium (Zr).
(vi) D’après une vérification réalisée par SystExt, aucune des 95 cibles minières identifiées par Bertrand et al. (2016) ne se trouve sur l’emprise des trois permis. Concernant les principaux gîtes et indices cartographiés par Gourcerol, et al. (2021), SystExt a transposé manuellement l’emprise des permis sur les cartes à l’échelle du territoire hexagonal fournies par ces auteurs pour les 24 métaux qu’ils étudient. Malgré les incertitudes associées à de telles transpositions, aucun gîte ne se trouve sur l’emprise des trois permis. Cependant, un indice à antimoine (Sb) (< 1 000 t Sb ou non estimé) se trouverait à l’extrémité est du permis de Taranis et deux indices à étain (Sn) (< 100 t Sn ou non estimé) se trouveraient à l’extrémité est du permis de Bélénos.
(vii) Les décrets du 13/07/1990 accordant les permis de La Meignanne et de La Babinais peuvent être trouvés dans le Journal officiel de la République française (JORF) n°0166 du 20/07/1990.
(viii) Dans les listes des métaux recherchés, il est fait mention des "métaux de la mine du platine". En l’absence de précision sur les platinoïdes concernés par cette expression, SystExt a pris en compte les platinoïdes les plus abondants, soit le palladium (Pd) et le rhodium (Rh).
(ix) Le paragraphe "Le périmètre […] découvrir une ou plusieurs nouvelles cibles minéralisées" est reporté à l’identique dans le dossier de demande du permis de Bélénos. (Breizh Ressources, 2025c, p. 127 pdf)
(x) Si le métal-hôte représente une part très importante des recettes totales, tous les autres métaux sont considérés comme des sous-produits (Campbell, 1985 ; Greffe, et al., 2024). Si le métal-hôte représente une part minoritaire des recettes totales, tous les métaux sont considérés comme des coproduits (Campbell, 1985 ; Greffe, et al., 2024). SystExt retient ces deux dernières définitions, bien qu’il n’y ait pas de consensus à l’international (Mudd, et al., 2017). SystExt définit la coproduction comme la production de tout sous-produit ou coproduit.
(xi) Le paragraphe "Le contexte géologique du périmètre de la demande est favorable […] au même titre que les minéralisations potentielles présentées." est reporté à l’identique dans le dossier de demande des trois permis, en réponse aux recommandations de l’Autorité environnementale. (Breizh Ressources, 2025a, 2025b, 2025c)
(xii) Lorsqu’un concentré contient des éléments toxiques ainsi que des éléments qui sont difficiles et/ou coûteux à éliminer, la fonderie à laquelle il est vendu peut appliquer des pénalités – voire le refuser, dans certains cas (Hansen, 2020).
(xiii) 5 % de la production d’indium provient de la métallurgie du cuivre (Cu), de l’étain (Sn) et du plomb (Pb).
(xiv) Le fait que l’or puisse favoriser la viabilité économique d’un éventuel projet minier polymétallique, est également mis en exergue pour l’antimoine sur le permis de Bélénos (Breizh Ressources, 2025c, p. 123 pdf) : "[…] la présence d’or associé à la stibine, augmente significativement le caractère potentiellement économique de l’exploitation de l’antimoine dans ce secteur, que ce soit comme produit principal qu’en tant que sous-produit."
(xv) À noter que, parmi les 58 métaux, figure le sélénium (Se) qui n’est pas un métal. Parmi les 3 422 gisements étudiés par Greffe, et al. (2024), seulement 2 733 font mention de réserves et ressources pour plus d’un métal. Autrement dit, 689 gisements pourraient ne présenter aucun coproduit.
(xvi) Greffe, et al. (2024) ont consolidé les valeurs de ressources et réserves par l’étude de références tirées de la littérature scientifique ainsi que de rapports des exploitants. Lorsque la quantité d’un métal dans les réserves ou ressources n’était pas documentée mais que sa teneur dans le gisement l’était, les auteurs ont réalisé une estimation basée sur le croisement de ce dernier paramètre avec le tonnage, dans une approche conservatoire.
(xvii) Dans le cadre du traitement des données de (Greffe, et al., 2024) et de (Owen, et al., 2022), SystExt désigne par "coproduit potentiel" un métal, autre que l’or, pour lequel des réserves ou des ressources sont enregistrées.
(xviii) Selon l’extraction faite par SystExt depuis la base de données de Greffe, et al. (2024) qui comporte 241 projets, les métaux pouvant être coproduits sont les suivants [en nombre de projets] : cuivre (Cu) [220] · argent (Ag) [137] · zinc (Zn) [68] · plomb (Pb) [41] · molybdène (Mo) [15] · rhénium (Re) [15] · tungstène (W) [3] · sélénium (Se) [3] · tellure (Te) [3] · indium (In) [3] · fer (Fe) [2] · cobalt (Co) [2] · palladium (Pd) [2] · platine (Pt) [1] · antimoine (Sb) [1].
(xix) Dans ses gisements, l’or (Au) est toujours étroitement lié à l’argent (Ag), que ce soit sous sa forme native – il peut alors contenir jusqu’à 20 % Ag (en poids) – ou encore en se présentant sous forme d’électrum – un alliage Au-Ag contenant 20 à 50 % Ag (en poids) (Chryssoulis & McMullen, 2016). C’est la raison pour laquelle, dans les mines d’or, l’argent accompagne l’or tout au long du processus d’exploitation et de traitement ; la récupération de l’argent ne nécessitant, le plus souvent, aucun équipement dédié jusqu’au raffinage, où il est traité séparément.
(xx) Selon l’extraction faite par SystExt depuis la base de données d’Owen, et al. (2022) qui comporte 857 projets, les métaux pouvant être coproduits sont les suivants [en nombre de projets] : argent (Ag) [734] · cuivre (Cu) [282] · zinc (Zn) [122] · plomb (Pb) [92] · molybdène (Mo) [19] · fer (Fe) [9] · cobalt (Co) [8] · nickel (Ni) [5] · tungstène (W) [4] · platine (Pt) [4] · tellure (Te) [2] · manganèse (Mn) [1] · étain (Sn) [1] · germanium (Ge) [1].
► BIBLIOGRAPHIE - DONT ILLUSTRATIONS
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